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17/10/2020

Von Pariahs + Porcelain

30/10/2020

Le GOP

Annulé !

Tony


Hervé Guilloteau

Récit d’une amitié.
« Tony, c’est le copain de l’adolescence, celui des premières vacances, des premières conneries, des premières cuites, l’inséparable qu’on perdra pourtant de vue car, c’est comme ça, sans raison… Nous sommes dans les années 1980, à La Grigonnais, Tony sent les mobs trafiquées avant les premières virées en voiture, l’apprentissage de la différence, ça cause béquilles, matchs de foot, le goût de l’hostie, le goût des filles… »
Véronique Escolino – Ouest France
Qu’incarne Tony ? Un de ces types qu’on n’applaudit jamais. Une fois à la naissance, une fois à la fin, entre-temps rien. Une intelligence sans vernis, dénuée d’arrogance et d’absurdes convictions.

Texte et mise en scène : Hervé Guilloteau
Interprêtes : Bertrand Ducher et Hervé Guilloteau – Collaboration artistique et technique : Thierry Mathieu



QUI ES TONY ?

C’est  d’abord  un  type  au  téléphone  vraiment  marrant,  la  quarantaine  bien  tapée,  que  j’observe l’hiver dernier dans le train. C’est technique mais je saisis l’enjeu de son appel : il a besoin d’un échafaudage pour réparer une erreur commise chez un client, dissimulée par  un  collègue,  une  escroquerie  qui  le  consterne.  Il  n’a  rien  du  cliché  artisan  relou  contrarié. Il ne gueule pas, ça le rend simplement triste et je m’y attache.

C’est rare que le tragique naisse de la bonté.

Tony – Si ta nacelle ciseaux oui oui. Non non très bien ta nacelle ciseaux très bien ! Au contraire au  contraire  il  faut  une  nacelle  ciseaux !  Voilà !  Exactement !  T’as  tout  compris ! Hein ? Mais oui il était là Pascal ! Ah Mourad il était furax ! Ah il était hyper furax je l’ai jamais vu comme ça ! Ouh la ! Franchement j’espère !

Plus  tard,  j’y  repense  et  les  traits  de  cet  inconnu  se  mêlent  à  ceux  de  mon  copain  d’enfance dont le soutien fut vital lorsqu’à l’adolescence, victime d’une maladie orpheline, mon corps semble condamné.

L’année qui suit mon hospitalisation, je suis déscolarisé et je vis chez mes parents. C’est probablement le plus beau moment de ma vie. Troublant, équivoque, violent aussi, mais embelli d’une amitié que je pense à l’époque indéfectible.

Qui est-il ?

Gro – Son  père,  il  n’y  avait  que  ses  chèvres  qui  comptaient,  de  pauvres  bêtes  qui  glandaient devant la maison au milieu des carcasses de bagnoles. Sa mère… si vous n’avez pas peur du vide, regardez Murielle dans les yeux. C’est pour ça que Tony, il voulait faire un apprentissage, pour se barrer au plus vite

Chez  nous,  il  trouve  une  famille  de  substitution.  Mon  père  est  paysan,  il  aime  les  gars  courageux et ma mère adore les pauvres. Nous ne sommes pas riches ­‐ l’agriculture traditionnelle est en train de mourir ‐ mais nous le serons toujours plus que ce gamin et beaucoup d’autres, dans la campagne de l’époque. Ensemble, nous glandons à l’étang et les grands soirs, on trace au casino du Pouliguen.

Gro – Mes parents ne me laisseraient pas partir avec n’importe qui. Mais Tony, ils lui font  confiance.  Il  a  fini  son  apprentissage,  il  gagne  sa  vie,  il  a  eu  son  permis  du  premier coup. C’est un gars sérieux, qui connaît la valeur des choses, poli, souriant… Heureusement qu’ils n’ont jamais su que tu t’étais fait choper en sciences nat, le doigt dans la chatte à Brigitte Leparoux !

Avec les filles il a un succès fou. Et par chance, sa cousine est fille au pair en Angleterre et lui envoie des sapes géniales. Tandis que chez moi, je me bats pour ne plus porter de pantalons à pinces. Et puis, il est fort physiquement. C’est toute ma peine ça, de ne pas être fort physiquement. Là-dessus, je suis inconsolable.

Pourquoi le type du train a réveillé son souvenir ? Deux en un qui font TONY ? Qu’ont-­ils en commun ? Qu’incarne TONY ? Peut-­être  ces  mecs  qu’on  n’applaudit  jamais.  Une  fois  à  la  naissance,  une  fois  à  la  fin,  entre temps rien. L’intelligence sans ambition, sans vernis, sans arrogance. Une générosité  sans  calcul,  un  regard  sain.  Cette  noblesse de la banalité  dont  parle  Duras ?  Franchement il n’y a que l’élite pour inventer de tels concepts. A  quoi  il  ressemble  le  prolo  de  Coluche  aujourd’hui ?  Par  quel  moyens  et  sous  quels  traits peut-­il encore défendre sa dignité ?